Une famille, lien par lien
Une famille ne tient pas dans une seule image. Elle tient dans les fils qui vont de l'un à l'autre, et que la photo de groupe, d'ordinaire, efface en rangeant tout le monde sur la même ligne, face à l'objectif, comme on se tient devant quelqu'un qu'on respecte. Je commence donc ailleurs : par les liens, un à un. Une mère et sa fille. Un grand-père et le plus jeune de ses petits-enfants. Deux sœurs. Un couple, car un couple est déjà une famille, et le lien qui l'unit est souvent le premier de tous.
Chacun y vient à son rythme, en temps courts, avec des pauses entre les uns et les autres ; celui qui met longtemps à se détendre et celui qui voudrait que tout soit fini avant d'avoir commencé y trouvent leur place, l'un comme l'autre. Personne n'y fait de la figuration. Celui dont la place ne va pas encore de soi, le compagnon arrivé plus tard, l'adolescent qui regarde de loin, le mari qui n'aime pas les photos, a la sienne au même titre que les autres. Puis, quand chaque lien a eu son temps, je vous réunis tous, et l'image de tous existe aussi : celle qu'on accroche au mur, celle qu'on montre.
Vous m'écrivez, le plus souvent, parce que la famille vit quelque chose : un enfant tout juste arrivé, une grossesse, un âge que l'on fête autour d'une table, une mère dont les années avancent, une maison où l'on vit ensemble depuis peu et où chacun cherche encore sa chaise. Vous voudriez une image de nous, maintenant. Rarement pour vous seul : vous écrivez pour les vôtres, et vous n'êtes pas toujours celui qui sera au centre. Souvent, vous n'avez pas d'idée précise, parce que vous n'avez jamais fait cela, ou plus depuis longtemps.
Il y a aussi des familles pour qui le temps n'est pas un allié, et qui le savent. Je ne promets rien au temps. Je fais une image de ceux qui sont là aujourd'hui, l'aînée comprise, sans la fatiguer.
Rien ne commence avec l'appareil. D'abord un appel, avec vous qui écrivez, pour les questions que vous vous posez déjà : où, combien vous serez, ce que peut tenir un nouveau-né ou une grand-mère, qui règle, et ce que la séance comprend comme ce qu'elle ne comprend pas. Puis une entrevue, sans appareil, avec ceux qui seront au cœur de l'image, réunis ; et un temps seul à seul avec la personne au centre. C'est seulement après que je propose un jour et un lieu : chez vous, au studio, dans un endroit qui vous appartient, ou le jour même de l'occasion, sur un temps de la fête et non sur la fête entière.
Les images, nous les choisissons ensemble, réunis, lors d'un second rendez-vous. La personne au centre reçoit un tirage sur papier, avec une lettre ; chaque foyer qui le souhaite peut avoir le sien, de sorte que la même image se retrouve dans plusieurs maisons. Aucune image ne sort de la famille sans l'accord de chaque adulte qui y figure, et de ceux qui veillent sur chaque enfant. Ce qui se règle, et à quel moment, est écrit avant que la date ne soit retenue ; quand plusieurs proches s'unissent pour l'offrir, une seule personne règle. Si c'est un cadeau, une page à part en parle.
Le formulaire vous demande pour qui est la séance : pour vous, pour l'offrir, ou parce qu'on vous l'a offerte. Si vous l'offrez, il vous demande l'occasion, le prénom de la personne au centre pour la carte et, si vous la connaissez, la date. Sinon, ce qui se passe dans votre vie en ce moment, ce que vous aimeriez qu'on voie de vous si vous le voulez, puis, sur une ligne facultative, qui vous aimeriez trouver sur l'image. Pour tous, enfin, de quoi vous répondre. Je lis chaque demande moi-même, puis je reviens vers vous : par un appel quand ce que vous cherchez et mon travail se rejoignent, sinon par un message écrit.
C'est d'ordinaire par vous, qui écrivez pour les vôtres, que passe le premier de ces fils.